Patrick Zabbé

Quand le nom de Patrick Zabbé apparaît a l’affiche du Coronet à Québec, en octobre 1967, le chanteur n’en est pas à ses premiers pas dans le domaine musical. Depuis plus de dix ans il parcourt les différentes régions du Québec avec l’orchestre de son frère Bob Rusk puis, à partir de 1965, comme chanteur des Doyens. Avec son nouveau tour de chant, l’ancien bassiste investit le monde du spectacle et se donne une allure de scène qui attire l’attention avec ses vêtements à la dernière mode des boutiques du Swinging London, ses joues garnies de longs favoris et surtout une voix profondes qu’il mesure au standards du rythm-blues et du pop tout en proposant ses propres chansons dont il écrit lui-même la plupart des textes. Un premier 45 tours paraît d’ailleurs à l‘automne, dans un style voisin de NINO Ferrer : Un baiser, un baiser bientôt suivi d’une remarquable percée au palmarès avec La lettre, version d’un succès des Box Tops.

La maison Canusa est alors une jeune compagnie des plus dynamiques et appuie le troisième 45 tours de Patrick Zabbé d’une campagne des promotion autour de la chanson Les Lunettes. Son interprétation se présente à l’émission Jeunesse D’aujourd’hui affublé de lunettes des plus fantaisistes, le décor même de l’émission, que l’on voit justement sur la pochette de son microsillon est constitué d’énormes binocles et certains magasins vendent le disque au rayon des verres fumés. Entre-temps, le chanteur à l’occasion de se produire en duo avec son confrère Johnny Farago qui enregistre aussi chez Canusa et leur performance est très appréciée. Aussitôt, un enregistrement du duo parait dans les bacs des disquaires. Il s’agit d’une interprétation de Et si moi je ne veux pas de Hugues Aufray à laquelle participe le célèbre violoneux Ti-Blanc Richard. Le duo Farago-Zabbé connaîtra plusieurs autres succès au cours des ans, tels Hello Marie-Lou la chanson de Ricky Nelson et N’as-tu jamais vu la pluie? une des pièces marquantes de Creedence Clearwater Revival. Les chansons de ce groupe, tout comme celles de Beatles, sont une source intarissable d’inspiration dans le choix du répertoire de Patrick Zabbé. Des premiers, il reprend encore Quand j’écoute la radio (looking out my backdoor) alors qu’il fait emprunt de Ob-la-di ob-la-da et Oh Darling au célèbre groupe britannique. Mais c’est avec la parution de C’qu’on est bien dans son bain, une composition hautement fantaisiste d’Henri Salvador, qu’il développe le style léger et estival qui fera sa réputation tout au long des années 70. C’est d’ailleurs justement lors d’un séjour de vacances dans un Club Med, à la Martinique, qu’il entend la chanson Agadou-dou-dou et la ramène dans ses bagages, d’abord hésitant à l’enregistrer lui-même, il se laisse convaincre pas Guy Cloutier et ses confrères de la maison Nobel de tenter le coup. Sage décision, Agadou-dou-dou devient son plus grand vendeur et sera suivi de plusieurs autres succès dans la même veine. Je bois de l’eau dans mon lit d’eau, Senor Météo, (sur laquelle chante René Angélil). Day-O et la plupart des 45 tours suivants ont cette touche ludique teintée d’exotisme qui demeurent encore sa principale caractéristique. Il faut dire que les rythmes tropicaux lui étaient déjà familiers, étant donné son expérience comme musicien.

Tout en continuant de graver des disques jusqu’au début des années 90 Patrick Zabbé s’éloigne lentement de la scène à partir de 1974 et concentre l’essentiel de son activité autour de ses boutiques de vêtements. Il a également animé les émission télévisées F-Z (avec Johnny Farago) et Disco-tourne en plus de nombreuses émissions de radio consacrées à l’écoute et à la promotion de la musique populaire. Ce n’est qu’en juin 1999 qu’il effectue un retour sur scène, en compagnies du groupe Memories.